Quelques
généralités autour du Pianoforte et de la « Compagnie du Pianoforte »
Nom complet de ce
qu’on nomme aujourd’hui, en France, le « piano », le mot Pianoforte
(l’instrument qui peut jouer « piano et forte » en d’autres termes varier la
puissance du son par le toucher des doigts, ce que le clavecin, son
prédécesseur ne pouvait pas) sert à désigner tous les pianos anciens, depuis
les premiers essais de Cristofori en 1726.
Il ne s’agit pas d’un
instrument différent : il n’y a pas le piano forte, puis le piano, il s’agit
d’un terme général utilisé pour désigner les premiers états du piano sans
qu’on puisse bien préciser quand le mot s’est transformé.
Les pianofortes sont
les instruments qui ont vu naître les grandes œuvres du répertoire
pianistique. Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, Liszt, Debussy utilisaient
des instruments qui n’étaient pas le piano actuel. Ces instruments avaient
des caractéristiques différentes, par exemple plus riches en harmoniques. De
nos jours, on réalise de magnifiques copies de ces instruments, permettant
de retrouver les qualités d’un instrument neuf et les caractères exacts des
instruments d’époque.
Depuis des années,
Pierre Bouyer travaille sur ces instruments et sur la redécouverte de
répertoires oubliés en marge des grands créateurs. Plusieurs
enregistrements, unanimement salués par la critique, et un prix
international ont couronné ce travail. Persuadé que l’environnement du chant
et d’autres instruments, avec la même exigence d’authenticité, est une
manière très convaincante de faire réentendre le pianoforte dans son
environnement sonore habituel, il a créé la Compagnie du Pianoforte,
ensemble à géométrie variable comportant instruments à cordes, à vent,
chanteurs … dont Sylvie Althaparro est l’un des membres de l’équipe vocale,
et dont Nicole Tamestit, musicienne régulièrement invitée par Philippe
Herreweghe et l’Orchestre des Champs Elysées est le premier violon.
Pour ce
programme : une enquête et des voyages
Pour présenter une
musique qui se jouait aux quatre coins de l’Europe, il ne suffit pas, comme
pour jouer Mozart et Beethoven, d’aller chez son marchand de musique favori
pour se procurer la meilleure édition. Il faut …
… répertorier les
compositeurs existant dans chaque pays, se faire une idée de leur intérêt …
… situer les lieux où
sont gardés les manuscrits et / ou les éditions anciennes : bibliothèques,
conservatoires et musées des principales capitales nationales ou
provinciales européennes, universités américaines …
… aller lire les
œuvres, se décider vite sur les choix à faire, sur l’intérêt de présenter au
public des concerts et des médias ces œuvres que personne ne connaît …
… se conformer aux
règlements divers pour obtenir des reproductions des œuvres choisies,
parfois se battre contre la suspicion des conservateurs voyant arriver un
étranger s’intéressant à un répertoire national qu’eux-mêmes ont laissé
sombrer dans la poussière et l’oubli …
… et répondre au fur et à mesure du travail à toutes les
questions de style, ou parfois tout simplement de lecture que posent des
répertoires mal connus.
Quelques
commentaires sur le programme …
Classiques ?
On a l’habitude de
présenter Haydn et Mozart comme les « classiques » de la musique, dans le
même sens que Molière, Racine et Corneille seraient les classiques du
théâtre : une sorte de valeur-étalon de l’art musical, fixant les règles
principales sans lesquelles il n’y aurait pas d’art, les principes de la
forme « sonate » établis notamment par Haydn, devenant aussi impérative, ou
presque, que la règle des trois unités dans l’art dramatique.
Pas classiques ?
Cependant le siècle
des classiques du théâtre est le XVIIème siècle, siècle de
stabilité dans la philosophie autocratique du pouvoir, est favorable à
l’épanouissement d’un art sûr de lui-même – alors que nos « classiques »
compositeurs oeuvrent dans la seconde moitié du XVIIIème siècle,
sur un fond général de Révolution française, certainement sans aucune idée
d’être des classiques, mais avec la conscience d’avoir détruit l’édifice de
150 ans de style « Baroque », et avec le souhait d’organiser ce langage plus
fluide.
Romantiques ?
Si on se réfère aux dates de naissance, celle de Goethe, né 7
ans avant Mozart, celle de Schiller, né 11 ans avant Beethoven, nous le
montrent bien : ces compositeurs « classiques » ne sont pas avant le
Romantisme, ils sont le Romantisme, bien avant Chopin, Liszt et Schumann
auxquels on accole en général ce terme. Curieusement, Mozart et Beethoven,
qui sont les phares de leur époque, se dégagent assez vite d’un langage
romantique en pleine naissance pour emprunter d’autres voix, plus
personnelles ; par contre beaucoup de leurs contemporains défrichent cette
nouvelle manière très
expressive de parler
le langage musical. 30 ans avant Chopin, Liszt et Schumann, la syntaxe
romantique est déjà imaginée par des compositeurs comme Dussek ou Hummel au
pianoforte, Paganini pour le violon, Zelter et Reichardt dans le domaine du
lied.
Nationaliste ?
Le « concert des
Nations », durant l’ère Baroque, s’était essentiellement celui qui mêlait
les voix des styles allemand, français, italien, et à moindre titre anglais
que les autres nations copiaient suivant les sphères d’influence politique
ou culturelle du moment.
Dans la seconde
moitié du XIXème siècle par contre, la force de tous les
nationalismes naissants des autres pays européens permettra l’éclosion de
styles musicaux aussi différents que ceux d’Albeňiz en Espagne, de Smetana
et Dvorak en Bohême, de Liszt en Hongrie, de Chopin et Szymanowsky en
Pologne, de Grieg en Norvège, de Sibélius en Finlande, de Moussorgsky en
Russie, pour citer quelques noms. Il ne s’agit de générations spontanées :
tous ces mouvements à la fois esthétiques et politiques débutent dans ces
dernières années du XVIIIème siècle, dans la mouvance de la
Révolution française.
LA COMPAGNIE DU
PIANOFORTE
A.B.D.M. PRODUCTIONS
AU BUREAU DE MUSIQUE
Villa Carlotta – 93
rue Marceau
93100
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